Petit lexique fermier à l’usage des non-bretonnants ou si peu...

Quelques gauloiseries en guise d’apéritif (on aime assez entre Randol’oisifs), d’où il ressort :
1) que l’idée de langue morte est une supercherie contemporaine, le gaulois restera aussi vivace et riche que son rejeton !
2) que les ancêtres d’ADELINA avaient plus d’un tour dans leur sac et plus d’un mot juste en bouche ;
le terme synonyme est un non-sens total…

En effet les premiers habitants de Kerinizan distinguaient clairement :
*caballos le cheval de travail ou de trait. (d’un mot voyageur ou substrat vieil européen adopté en gaulois, dont on retrouve l’existence dans les villes de Châlon(s) et Cavaillon).
Rappelons que le cheval a été employé attelé ou bâté avant d’être monté.

*epos nom générique de notre compagnon, issu de l’indo-européen ekwos (sanscrit açvah) qui a aussi donné le grec hippos, le latin equus. C’est le cheval en tant que race animale.
Voir Epona, déesse des chevaux, Epomeduos, le meneur de chevaux, Eporedorix, le roi des cavaliers (survivant dans le gallois ebrwydd  : rapide).

*marcos nom du cheval de bataille, du destrier, chez les Celtes. Totem du nom propre Marcus, il a laissé une trace dans l’anglais mare, la jument.
Voir Marcomagus, le marché aux chevaux (breton marc’hallac’h), Marcosena, vieille jument.

*ueredos c’est le « cheval de poste ». Le para-ueredus est à l’origine de notre palefroi et du pferd germanique.

*cassica la jument, devenue kaseg en breton.
Voir Cassiciate, le lieu des juments, devenue la commune Le Châssis.

*mandus puis mannus, le poney , survivant dans le basque mando. Vermandois, Marmande, Mandeure sont des lieux qui portent encore sa mémoire.

Sur tout ce joli monde de l’eporedia (la cavalerie), il était loisible de chevaucher (marco) ou d’aller à cheval (redo, allemand reiten, anglais ride, à l’origine de la tribu des Redones vivant à Rennes et Redon), ce qui vous en conviendrez n’est pas tout à fait la même chose…

voyons maintenant ce que sont devenus les pensionnaires de notre écurie tonnante et bretonnante:

marc’h (pluriel keseg) où l’on retrouve notre marcos. distinguons ar marc’h kalloc’h, le cheval entier, de ar marc’h spazh, le hongre. On entend aussi le terme collectif et péjoratif ar ronsed : les rosses en français.

kaseg la jument, qui illustre bien des locutions populaires : ar gaseg c’hlas pour la grande bleue, ar gaseg wenn pour la lune, eur gaseg antier pour un garçon manqué…

ebeul le poulain ou la pouliche. an ebeul c’est aussi le joli cœur ou la drôlesse, an ebeul koad le pic vert !

Tous sont familiers du cavalier ar marc’heger, à ne pas confondre avec le cavaleur ar ribouler et du maréchal-ferrand ar marichal ou ar gov (tous les Le Goff se reconnaîtront).

Un dernier petit amuse-gueule pour vous imprégner des consonnes gutturales propres à notre langue, cette comptine que son grand’père (un Le Goff lui-aussi) se plaisait à faire réciter au petit Per Jakez Helias :
« c’hwec’h merc’h gwerc’h war c’hwec’h marc’h kalloc’h ha c’hwec’h manac’h war o lec’h »
Littéralement : 6 filles vierges sur 6 chevaux entiers et 6 moines à leur trousse… (on craint le pire !)

 

Autres citations ou cités à comparaître, au fil du carnet de bord:
Gildas (tonton) le breton Gweltas, vieux breton guolt, nous rappelle à la chevelure plutôt hirsute de nos gaulois, comme une métaphore de la forêt primitive où officiaient les druides (les « très savants », les « clairvoyants »). Le celtique guelt, « sauvage », dans le sens guerrier, est la racine la plus probable de ce patronyme.
Dans tous les cas de figure il est bien porté…

Kollboued “my name is Boued, Koll Boued !”
Surnom du fainéant chronique, ce qui convient mal à notre coureur des steppes. Littéralement « gâche-foin », celui qui laisse perdre ses provisions, sa nourriture. (c’est pas le genre non plus du blaireau !).
En tout cas, la Nine, elle, a rentré son foin !

Maoutig « petit bélier », en breton familier c’est aussi la « doudoune ».
Dans certaines régions, désigne un chausson de paille fourré en peau de lapin (n’est-ce pas Kollboued !) ou de mouton (tiens, tiens !)

Stanley pas breton mais celtique quand même, comme Livingstone que Stan cherche toujours quand il n’est pas à l’attache. Désigne une « clairière pierreuse ».

poent eo kordo barzh « il est temps d’y aller, d’en mettre un coup ! »

netra « rien », avec Olivier ou Channig c’est le grand galop ou rien.

merci bras grand merci ! « trugarez » est plus authentique mais moins usuel.

baz valan  le « bâton de genêt » était l’attribut ou l’insigne du darboder (courtier) ou marc’h dimiao (cheval de mariage), appelé aussi chausse-noire en gallo, qui servait de médiateur entre la jeune fille et les parents du futur époux, représenté par le breutaer (plaideur), à l’occasion de la fête de l’armoire (ar gouvro) au cours de laquelle la future épousée apportait chez son futur le fameux meuble, à titre de dot.
Cet office d’entremetteur était rempli la plupart du temps par un homme public du village, meunier ou tailleur.
Au matin du mariage, les dernières réticences levées, le jeune homme entrait dans la maison et passait une sangle de cheval à la taille de sa fiancée, premier signe de soumission pour l’une et d’appropriation pour l’autre…

                                                                   

EPONA

La « divine écuyère » ou la «  maîtresse des chevaux » a laissé de très nombreux vestiges dans une douzaine de pays d'Europe. Son culte, sa popularité, ont été véhiculés par les soldats mercenaires gaulois, cavaliers hors-pairs enrôlés dans les légions romaines. Sans doute se mettaient-ils sous la protection de la « grande équine » avec la nostalgie de leur pays. Leur courage, leur adresse et leur force communiquèrent aux autres leur dévotion.
Elle est le plus souvent figurée trônant en amazone sur une jument, guidant sa monture de la main gauche, offrant une corbeille de fruits ou une corne d'abondance dans sa main droite, un poulain quelquefois à ses pieds, tétant sa mère ou tendant l'encolure vers cette patère que la déesse lui présente.
Fille de la matrice-jument, terre-mère, et du grand cavalier céleste étincelant, elle a reçu de ses parents le pouvoir de donner la Vie et de la nourrir.
Elle symbolise naturellement comme « poulinière » la fertilité, celle qui féconde les existences.

Plus tard, après la conquête, son rôle se banalisera à la protection des chevaux, au patronage de tous les gens de monte : cavaliers des armées, courriers, charretiers, palefreniers, muletiers... voyageurs en général, pour qui la route alors était un danger permanent (on peut penser au Saint-Christophe dont naguère les automobilistes arboraient la médaille dans leur voiture...).
Ses représentations étaient en bonne et due place dans les écuries de fermes et de relais mais aussi en bordure des voies, comme repères rassurants des lieux de halte.
Une foule de noms de lieux témoigne de son culte vivace : Epagne, Epaignes, Epy, Eppeville, Epoigny, Epeugney, Appenai, Ampilly, Eppenich, Ampoigné, Ippecourt, Ispagnac, Hipsheim etc... je vous passe les toponymes bulgares, roumains ou (ex-)yougoslaves.
Ces noms sont en rapport avec les voies de circulation gauloises (ingratement nommées voies romaines !), carrefours routiers, relais, mais comportent aussi une vocation sacralisante évidente.

Alésia fût l'un des hauts lieux où Epona la belle était révérée. Son souvenir a probablement été entretenu dans le culte d'une légendaire martyre : Sainte-Reine, toujours présente dans le nom d'Alise Sainte-Reine, où l'on retrouve comme par enchantement le qualificatif gaulois RIGANTONA, la « grande reine », jadis appliqué comme surnom à Epona, récupéré ainsi par les premiers prêtres chrétiens au bénéfice de leur religion...

Citons enfin les « filles » naturelles d'Epona dans les anthroponymes (-Nines ?) féminins attestés que sont Epadumnaca, Epato, Epaxia et bien sûr Eponine, figure Plutarquienne de l'amour conjugal et du dévouement, prénom étrangement adopté par Victor Hugo dans « Les Misérables » pour une des filles Thénardier !
Toute ressemblance avec notre bien-aimée Epo-Nine ne serait évidemment que pure et malheureuse coïncidence...
Marcus Abbas




Des noms d'oiseaux à cultiver, pour ne pas oublier une langue bretonne riche en images.
Lorsqu'on découvre une nouvelle langue, il est commun de s'intéresser en premier lieu à ses mots amoureux et à ses "gros mots". Normal, ils font une bonne part de sa saveur exotique!
Le printemps prochain sera peut-être l’occasion d’un florilège des premiers A la demande générale de nos girondes (et bordelaises) cavalières, voici déjà un échantillon de noms d'oiseaux "mod Breizh" qui s'accordent davantage avec l'humeur hivernale....

Toute ressemblance avec nos Randoloisifs et loisives serait « eveljust » purement fortuite!

Andon an diaoul ! source du diable (suppôt de Satan?)
Azen gornek !  âne cornu (âne bâté)
Barged !  buse (simple ou triple)
Begasenn !  femme bavarde (pléonasme…)
Beg blev !  bouche à poils (barbe à poux?)
Beg menargas !  « bouche je le rejette » = mijaurée, bêcheuse
Beuzelenn !  bouse de vache (celui qui n’en rame pas une)
Bleup !  niais, notre « con » national
Blonegenn !  morceau de saindoux = gros = feignant (tas de suif)
Chaoker laou kriz !  mâcheur de poux crus = avare
Dever goulou !  brûleur de lumière = lambin
Droch ar Pardon !  fou du Pardon, idiot du village
Foerer !  chiasseux
Fri lous !  nez sale
Gagn !
  charogne
Genaoueg !  imbécile (heureux ou pas)
Genou glep !  pôv’con
Immobil !  bourré
Istrogell !  bizarre, excentrique (viendrait du français « astrologue »)
Job al loar !  Job la lune = rêveur
Karg e doull !  «remplis son trou» = ivrogne

Kouskedenn !  endormi
Lanfre !  bon à rien
Leue brizh !  veau tacheté (idiot)
Tamm lio ma’z out !  espèce d’idiot que tu es !
Lip revr !  lèche-cul (se prononce à peu près « libraire »…)
Louka !  salope (on dit aussi « loukenn »)
Marc’h kaoc’h !  cheval de merde = vaniteux
Mari faoutenn !  Marie la fente (no comment)
Paourkaezh tru !  pauvre pitoyable (pôv’mec)
Penn farouel !  tête de clown
Penn garnel !  tête d'ossuaire = chauve (s'il vous plaît, je vous en prie)
Penn kalet !  tête dure, têtu
Pezh fall !  mauvaise pièce = putain
Pikez !  chipie
Reder e revr !  celui qui court après son cul (essayez donc) = vagabond
Staoterez !  pisseuse
Yar beliet !  poule plumée = trouillard

Si vous n’avez pas trouvé l’apostrophe qui sied à votre ennemi(e) préféré(e), l’auteur est à votre disposition pour un envoi discret personnalisé sous 24 heures, la rancœur n’attend pas !
Kenavo,
l’Abbé Marcus.